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Patrimoine

Le village de Fleurey-sur-Ouche recèle un patrimoine naturel, historique, archéologique et industriel de grande qualité.

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Communauté de Communes de la Vallée de l'Ouche

Index / PATRIMOINE / Le pont

Le pont sur la rivière -

(1552 mots dans ce texte ) -  lu : 8413 Fois


 

Son histoire à travers les siècles

 

 

Fleurey, situé sur l'ancienne route conduisant, par le Val de Vergy, de Chalon-sur-Saône vers les foires de Champagne, possède, sans doute, au Moyen Âge , un pont sur la rivière*, d'autant plus nécessaire que les habitants de la Velle en ont absolument besoin pour se rendre à leur église bâtie vers le Xllle siècle. On ne sait quelle structure a pu avoir le premier pont. Baldou écrit qu'il a existé un ouvrage à une seule arche à 200 pas en amont du pont actuel. A quelle époque ? Sous la forme que nous lui connaissons aujourd'hui, il existe déjà au milieu du XVIIe siècle. Il est alors à péage d' un sou par charrette et de deux sous par charreton chargé de marchandises.  

Notre pont est typiquement en dos d'âne ; dos d'âne amoindri, au sud, par un remblaiement effectué au début du XIXe siècle avec des terres provenant de la tranchée du canal. Il est composé de sept arcades en plein cintre, de dimensions toutes différentes, décroissantes du milieu vers les rives, la Iargeur variant de 4,65 m à 3,20 m, la hauteur, de 3,20 m à 2 m.

 

pont à une seule arche. D'après Maurice Boldou, «Histoire de Fleurey». Dijon. 1956. N°3 : détail. La qualité de la pierre est inégale. L'humidité, conjuguée aux gels et dégels, fait parfois éclater les lits de la roche. 

 

Les six piles, d'1,9 m de large sont munies d'avant-becs(l) en pierre de taille, couronnés d'une dalle formant larmier(2). La distance d'une culée(3) à l'autre est d'environ 40 m. La longueur totale dépasse 44 m, la largeur, 6 m. Des parapets, couverts de pierre de taille, assurent la sécurité du passage. Sur le fond, entre les piles, des radiers(4) qui facilitent l'écoulement de l'eau, évitent l'érosion des bases de la construction. 

 

La qualité de la pierre est inégale. L'humidité, conjuguée aux gels et dégels, fait parfois éclater les lits de la roche. 

 

L'ouvrage d'art a connu beaucoup de vicissitudes dues aux crues, à la mauvaise qualité des matériaux, au manque d'entretien.  

Reconstruction de 1673 : 

En 1673, depuis plus de 10 ans, le pont est rompu. L'enquête Bouchu de 1 666 indique à propos de Fleurey : c'est le chemin ordinaire pour aller de Chanceaux à Beaune et à Chatillon par la traverse. Il y a une rivière, un pont entièrement ruiné ; depuis plus de 4 ou 6 ans, il n'y passe plus de harnois(5).

Le 4 septembre 1673, vu les procès verbaux dressés par Monseigneur Boulier conseiller du roi, vicomte majeur et prévôt de la ville de Dijon, les élus des états du Duché de Bourgoghe comtés et pays adjacents considérant que le pont de Fleurey sur la rivière Douche est ruiné et inaccessible et qu' il est important de le rétablir promptement, décident de faire les réparations et reconstructions nécessaires. Un devis est établi par Noël Gautheron, maçon à Lantenay. La dépense est évaluée à 2 000 livres. Le 18 septembre 1673, les travaux sont ouverts à la concurrence.

Des rabais successifs sont proposés : Bénigne Magnan, 200 livres, Jean Guinot, 250 livres, Jean Noël Gautheron, 300 livres, et, Bénigne Alexandre, maître maçon à Dijon, 400 livres. Mais laissons place au texte original. 

«Après plusieurs invitations, laquelle dernière mise ayant été publiée à la porte de la chambre et ne s'étant trouvé personne qui ayt fait la condition de payer plus avantageuse, les chandelles allumées et esteintes, les élus font délivrance des ouvrages à faire au pont de Fleurey à Bénigne Alexandre moyennant la somme de seize cents livres aux conditions ci-après déclarées savoir qu'il fera réparer le pont à neuf et les fondements des piles où il sera nécessaire. ( Le pont est donc reconstruit de façon sensiblement identique à sa structure précédente) * * 

Lequel sera composé de sept arcades dont quatre auront treize pied's(ô) de largeur et onze de hauteur. *** Sera fait par ledit entrepreneur deux levées(7), aux extré­mités dudit pont, de quinze pieds chacune et cinq piles chacune de six pieds d'épaisseur, cinq avant-becs chacun de cinq pieds de saillie et quatre jouées(8). 

Lesquels piles et avant-becs seront construits par ledit entrepreneur en pierres de taille. Savoir lesdites piles jusqu'à la hauteur de la naissance des voûtes et lesdits avant-becs à la hauteur du dessus des voûtes. 

Les parements des voussoirs(9) seront faits par lesdits entrepre­neurs en pierre de taille .... Le pont aura de largeur dix neuf pieds et de longueur cent trente quatre. Seront construits par ledit entre­preneur, des appuis de part et d'autre de la longueur dudit pont de l'épaisseur d'un pied et demi couverts de tables entaillées l'une dans l'autre et de deux pieds et demi de hauteur....Lequel pont, et entrée d'icelui, sera pavé de toute sa longueur et largeur de pavés de sept à huit pouces(6) d'épaisseur. 

Ledit  entrepreneur  fera  construire des murailles aux extré-mités dudit pont d'environ quinze pieds  de  longueur, de chaque côté, tant pour soutenir le pont qu'en faciliter l'entrée et de trois pieds d'épaisseur, aboutissant au talus du chemin. Les décombrements (10)  dudit pont seront faits par ledit entrepreneur à la réserve de cent journées d'homme qui seront faites par les habitants dudit Fleurey.

 

Un avant-bec avec son lormier. La pierre de taille est de la «pierre de Dijon» teintée souvent de pourpre et de gris-bleu. Elle a été exploitée dans de nombreuses carrières, de Dijon à Fleurey.

 

Lesquelles habitants  ayant chevaux  ou bêtes de voiturage feront trois cents charrois, savoir deux cent cinquante de pierres et cinquante pour amener la chaux suivant qu'ils l'ont promis et y sont obligés.» La bonne qualité des matériaux sera contrôlée par des visites. Jean Guinot, maître maçon, apporte sa caution pour un travail parfait, terminé dans les derniers jours du mois de décembre suivant.

 

Arche nota; la base des culées et des piles, en pierre de taille, présente un rebord sans doute utilisé pour soutenir l'armature en bois nécessaire à la construction des voûtes. Les arceaux extérieurs sont aussi en pierre de taille. 

 

 Engagement est pris par l'entrepreneur.d'entretenir le pont en bon et suffisant état pendant cinq années à compter du jour de la réception. Cinq années, c'est peu ! Cinquante ans plus tard, entre 1727 et 1729, il faut déjà effectuer d'impor­tantes réparations.

 

Entrée sud du pont : remarquer, à droite, la borne pousse-roue.

 

La  fin  du   XVIIIe  siècle arrive,et, nouveauté, la rivière est aménagée pour le flottage du bois. Ce chan­gement   va   apporter   une menace supplémentaire sur  une construction qui, même si  elle   ne  conditionne  plus des échanges vers le bassin de la Seine, reste vitale pour la vie du village. (à suivre dans un prochain Borbeteil : Le pont mis en danger par le flottage du bois (1763-1798). Le pont mis à mal par diverses inondations (1798-1965).)

Guy Masson, HIPAF

 

Sources ; Fleurey-sur-ouche. Histoire ef Patrimoine. Editions HIRAF. ADCO: C2882, C 31 1 8, C 3174, C 3176, C 3935.

*  Avant le XIXe siècle,   l'Ouche avait certainement un débit supérieur, amoindri, aujourd'hui, par l'alimentation du canal et par les captages d'eau potable.

* * II existait aussi un pont  sur un bief situé au pied du bourg de la Velle, bief qui alimentait une huilerie. Ce pont, long de 20 pieds, fut l'objet de travaux, pour le munir de parapets, en 1684.

***Les dimensions données dans cette description sont sensiblement les mêmes que celles mesurées aujourd'hui.

 (1 ) Avant-bec ; éperon en amont de la pile de pont pour faciliter l'écoulement de l'eau et éloigner les corps flottants.

(2)  Larmier : saillie écartant les eaux pluviales.

(3) Culée : massif en maçonnerie, à chaque extrémité du pont, destiné à contrebalancer la poussée des arches.

(4)  Radier : dalles formant plancher au fond de la rivière.

(5)  Harnois : harnais ; ici, ii faut comprendre attelages.

(6)  Pied ; 32,4 cm ; trois pieds équivalent à environ 1 m. 1 pied vaut 1 2 pouces.

(7)  Levée : talus d'accès terminé par une culée.

(8) Jouée : face (joue).

(9) Voussoir ; voûte.

(10)  Décombrements : déblaiements.